Sangliers : chasse ouverte 12 mois sur 12 !

Sangliers : chasse ouverte 12 mois sur 12 !

Après avoir obtenu l’ouverture de la chasse anticipée au 1er juin, la prolongation de la chasse aux sangliers jusqu’au 31 mars, voilà que les 1ers pseudo-régulateurs de France vont maintenant pouvoir se livrer à leur funeste passion en avril et en mai, soit les deux seuls mois de l’année où les sangliers n’étaient pas persécutés… Le dernier voeu de Willy Schraen a donc bien été exaucé !

Soumis discrètement à consultation publique en juillet dernier, le projet de modification de l’arrêté du 1er août 1986 “relatif à divers procédés de chasse, de destruction des animaux nuisibles et à la reprise du gibier vivant dans un but de repeuplement” et le projet de décret “relatif à la réduction et à l’indemnisation des dégâts de grand gibier” ont finalement été adoptés en toute fin d’année 2023, offrant aux chasseurs de nouvelles possibilités pour tuer (théoriquement) encore plus de sangliers…  

Des chevrotines pour mieux blesser

Ce n’est pas tout. En plus d’allonger leur temps de jeu, le gouvernement a aussi rendu possible l’usage de la chevrotine, une ancienne munition controversée qui avait justement été interdite par l’arrêté de 1986 (sauf dans certains départements), jugée par beaucoup dangereuse et non éthique du fait qu’elle blesse davantage qu’elle ne tue…    

La chasse à la moissonneuse-(ra)batteuse

Autre nouveauté choquante : la possibilité pour les chasseurs de tirer sur les sangliers en pleine récolte agricole ! C’est ici un point particulièrement vicieux, puisque si la loi maintient l’interdiction pour la chasse de “de tout engin automobile, y compris à usage agricole”, le Ministère indique que “cette disposition ne fait pas obstacle au tir, depuis un poste fixe matérialisé, du sanglier autour des parcelles agricoles en cours de récolte”…! En clair, il sera donc bientôt légal de sortir la moissonneuse-(ra)batteuse pour pousser des animaux réfugiés dans un champ de maïs en direction d’une ligne de tireurs…

Des appâts-fusillades finalement abandonnés...

Annoncée dans le projet d’arrêté l’été dernier, la mesure autorisant d’appâter les sangliers à des points fixes en vue de mieux les fusiller a quant à elle été finalement écartée… L’interdiction de “la chasse à tir des ongulés à proximité immédiate de dépôts de sel ou de dispositifs d’affouragement” reste donc en vigueur ! 

80 millions d’euros d’argent public...

Ces nouvelles mesures pro-chasse font directement suite à l’accord scandaleux conclu le 1er mars 2023 au Salon de l’Agriculture entre la FNC, des syndicats agricoles (dont la puissante FNSEA) et le gouvernement. Ce jour-là, Willy Schraen posait tout sourire aux côtés des ministres Marc Fesneau et Bérangère Couillard, et pour cause : 80 millions d’euros d’argent public venaient de lui être annoncés pour aider sa troupe de pompiers-pyromanes à mieux réguler les sangliers ! Dans le détail, 20 millions sont dédiés à l’indemnisation des agriculteurs, et 60 millions à l’accompagnement des chasseurs dans leurs missions de régulation sur le terrain…

Pas si pressés de réguler les sangliers...

La consultation publique à laquelle l’ASPAS vous invitait à participer l’été dernier s’est terminée le 7 août dernier, mais pour des raisons obscures le ministère a attendu 4 mois avant de mettre en ligne la synthèse des avis exprimés et les motifs de sa décision… Les chasseurs auraient-il cherché à retarder l’arrêté pour qu’il serve au maximum leurs intérêts ?

On notera que le nourrissage artificiel pratiqué par les chasseurs (le maïs d’agrainage, essentiellement), n’a par exemple pas été remis en question par l’Etat, alors que cette pratique est pourtant l’une des causes principales de prolifération des sangliers (qui dit profusion de nourriture dit portées plus fréquentes et importantes…)

Aucune méthode alternative aux fusils n’est par ailleurs proposée (comme par exemple la contraception, expérimentée en Espagne), de même que l’Etat élude totalement le rôle des grands prédateurs dans la régulation naturelle des ongulés sauvages… Non, le gouvernement préfère continuer à faire aveuglément confiance aux chasseurs !  

Or la question se pose : les chasseurs veulent-ils vraiment tuer plus de sangliers ? Du temps de chasse supplémentaire et des millions de patates dans les caisses des fédérations c’est une chose, la mise en application d’un plan de régulation efficace une autre… Aucun des précédents cadeaux offerts au monde cynégétique n’a permis de mieux réguler les sangliers : quel intérêt les chasseurs auraient-ils en effet à drastiquement réduire la population de sangliers, sachant que cet animal est ce qui sert leur juteux business et rend aujourd’hui la chasse si populaire ?

L’ASPAS va étudier la possibilité de saisir ou non la justice pour dénoncer ces assouplissements… À suivre !

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