C’est un spectacle drôle, poétique, et à la fois scientifiquement rigoureux, consacré à l’une des espèces d’amphibiens les plus menacées de France : le sonneur à ventre jaune. Ou comment théâtre, musique et naturalisme engagé peuvent sensibiliser un plus large public aux enjeux et aux menaces qui pèsent sur la biodiversité, fragile et invisibilisée, des zones humides de nos forêts.
Le 29 mai 2026, à Espenel, la salle des fêtes du village est comble. Le public de 2 à 80 ans est venu de toute la vallée de la Drôme pour assister au spectacle Le sonneur à ventre jaune de la Compagnie Demain il fera jour, lors d’une séance organisée par la délégation locale* de l’ASPAS, en lien avec la LPO Drôme-Ardèche.
Tout ce monde pour un si petit animal ! Le crapaud mesure entre 3 et 5 cm mais il chante comme un sonneur, il a des pupilles en forme de cœur et un magnifique ventre jaune qu’il exhibe pour faire fuir ses prédateurs.

Sur scène, un seul acteur, Vincent Clergironnet, joue tous les rôles et nous met en présence de personnages au caractère bien trempé : l’une, scientifique rigoureuse, est accroupie dans la forêt au bord de l’ornière à la recherche du sonneur, l’autre, employé d’une entreprise forestière, veut faire passer son tracteur selon les ordres de son patron. Il y a aussi le randonneur grincheux, qui se plaint de la qualité des chemins, le groupe de vététistes pressés, l’enfant trop curieux et sa mère en panne d’autorité, un propriétaire hargneux… Sans oublier le chasseur, qui dit avoir payé pour être là et réguler la population de sangliers. Au milieu de tout ce petit monde, aux intérêts si différents, une flaque d’eau qui fait l’objet de toutes les attentions.
La musicienne et compositrice Eléonore Zielinski, au violoncelle et à la trompette, apporte des respirations dans la succession effrénée des séquences, pour le plus grand bonheur des spectateurs qui entourent la scène, assis sur des gradins en bois et éclairés par des bouquets de lumière.
Le comédien nous entraine dans des réunions participatives « pluri-acteurs » tous plus cocasses les uns que les autres, avec un médiateur qui s’échine à maintenir le dialogue années après années. On pouffe de rire tant les personnalités sont plus vraies que nature. Comment faire co-exister activité forestière et protection de la faune sauvage ? Parfois la solution vient d’où on ne l’attend pas…
La dernière partie du spectacle s’ouvre sur le procès du sonneur : le tribunal fait venir à la barre le blaireau, la renarde, le moucheron mais aussi la forêt, la prairie et même la Laîche pendante (Carex pendula). On réfléchit en écoutant les un et les autres s’exprimer : est-ce la valeur de l’utile qui doit décider de la vie et de la mort des êtres vivants ? Les êtres vivants inutiles existent-ils seulement ? Le moucheron n’a-t-il pas raison de dire que la vie n’est pas une chaîne alimentaire, mais une trame où chacun a sa place ?
Enfin, il y a cet autostoppeur que le narrateur a pris dans sa voiture par une nuit noire et pluvieuse, un personnage auréolé de mystère dont on ne vous dira pas davantage… Car il faut plonger dans la mare et courir voir ce spectacle brillant qui sera donné au Festival d’Avignon du 4 au 17 juillet 2026 !
Pour en savoir plus : Le sonneur à ventre jaune | Compagnie Demain il fera jour
* Un grand merci à nos bénévoles de la Drôme d’avoir initié l’organisation de cet évènement qui a réuni près de 100 spectateurs !

