L’ADN a parlé : il n’y pas de cerfs hybrides à “Vercors Vie Sauvage” !

L’ADN a parlé : il n’y pas de cerfs hybrides à “Vercors Vie Sauvage” !

Dans l’ancien enclos de chasse de Valfanjouse, racheté par l’ASPAS dans le Vercors fin 2019, des analyses génétiques réalisées par un laboratoire indépendant ont permis de démontrer qu’aucune hybridation récente n’est survenue entre les cerfs élaphes et les cerfs sika. Nous demandons par conséquent à la préfecture d’abroger l’arrêté menaçant d’abattage les cervidés. Bibiche va être sauvée !

Pour protéger les forêts sur le long terme et garantir à la faune sauvage un espace de tranquillité sans chasse, l’ASPAS a racheté fin 2019 près de 500 hectares dans le Vercors grâce à une campagne de financement participatif sans précédent.

Sur la moitié de ce terrain se trouvait le domaine de Valfanjouse, un enclos de chasse où des centaines de cerfs (élaphe et sika), daims, mouflons et sangliers étaient maintenus captifs. Le cerf sika est une espèce originaire d’Asie introduite en France à la fin du XIXe siècle puis classée espèce exotique envahissante (EEE) par un arrêté ministériel en date du 14 février 2018. Sa présence est surtout redoutée en raison de la pollution génétique du cerf élaphe qu’il peut générer (hybridation possible et descendants féconds).

Stérilisations et tests génétiques

Propriétaire et gestionnaire de cet enclos depuis maintenant 4 ans, l’ASPAS s’occupe de l’entretien du site et du soin des animaux qu’il est impossible de relâcher dans la nature pour des raisons sanitaires et administratives. Tout au long de ces 4 années, de nombreuses actions ont été menées, notamment des opérations de stérilisation pour stopper la reproduction des animaux et ainsi respecter la loi française de gestion des enclos de chasse (1 animal par hectare maximum). 

 

Ainsi, tous les sangliers ont été castrés depuis fin 2021. En ce qui concerne les cervidés, seuls les mâles sont stérilisés. En effet, l’opération des femelles pose des problèmes éthiques en raison des risques de mortalité trop importants liés aux techniques chirurgicales à employer. Pour répondre aux obligations administratives, les biches sont néanmoins capturées et marquées pour identification. À ce jour, tous les cerfs sikas mâles de l’enclos ont été vasectomisés. Il en est de même pour les cerfs élaphes, à l’exception de deux individus qui seront traités très prochainement.

Durant ces opérations, nos équipes ont pu récupérer des prélèvements de tissus et de poils des cervidés capturés. L’ASPAS a ensuite fait analyser l’ADN extrait de ces échantillons afin de vérifier la persistante rumeur selon laquelle les cervidés de l’enclos seraient des animaux hybridés (issus de reproduction entre biches élaphes et cerfs sika). Normalement les deux espèces ne se croisent pas car leurs cycles sexuels sont décalés dans le temps, le rut des sika étant postérieur à celui des élaphes. Des études réalisées au Royaume-Uni ont néanmoins montré que, dans des conditions très particulières, un mâle sika peut couvrir une très jeune biche élaphe ayant des chaleurs plus tardives et que la descendance de ce couple est fertile.

Avoir des informations objectives sur l’hybridation potentielle des cerfs élaphes de Valfanjouse avec les cerfs sika a toujours été une priorité pour l’ASPAS. En effet, la plupart des contrôles ordonnés par les services de l’Etat et les remarques régulières qui nous ont été faites ces dernières années, par les chasseurs notamment, tournaient toujours autour du risque de pollution génétique que faisaient courir les cervidés de Valfanjouse aux cerfs libres et sauvages du Vercors, en cas d’échappées de l’enclos. Pour statuer ou non du bien-fondé de ces accusations, l’ASPAS a alors décidé de commanditer une étude génétique en partenariat avec le laboratoire ANTAGENE.

Une “bombe génétique” qui fait pschitt

En parallèle du traitement de ces prélèvements, un arrêté d’abattage sur les sika et les morphotypes élaphes hybrides du parc non stérilisés (ce qui concerne de facto toutes les biches) et non enfermés dans un sous-enclos infranchissable avait été promulgué par les services de l’État en fin d’année 2022, motivé principalement par ce risque d’hybridation. Pour éviter ce risque d’abattage, l’ASPAS a alors déposé un dossier de demande d’ouverture d’un sanctuaire à l’intérieur même de l’enclos. Un sanctuaire, article L. 413-1 du code de l’environnement, est différent du statut d’enclos de chasse en ce qu’il assure le bien-être des animaux sans exploitation ni lucrativité aucune.

Durant l’instruction de notre dossier sanctuaire par la préfecture, nous recevons les résultats des analyses ; avec une conclusion édifiante et réjouissante :

“Les analyses génétiques et statistiques des 23 cerfs issus de l’enclos de chasse de Valfanjouse ont permis de démontrer que ces derniers présentent une configuration génétique comparable à celle des populations de cerfs élaphes en France.

Aucun individu ne correspond à une hybridation récente entre le Cerf élaphe et le Cerf sika.”

“Un point représente un individu, et une couleur différente est attribuée pour chacune des quatre populations :

  • Cerfs élaphes du Parc national du Mercantour (bleu foncé)
  • Cerfs élaphes du Dévoluy (vert)
  • Cerfs élaphes de l’enclos de Valfanjouse (marron)
  • Cerfs sika de l’enclos de Valfanjouse (bleu clair)

Si un hybride de 1ère ou de 2ème génération était présent, ce dernier ressortirait en position intermédiaire entre les populations sika et élaphes, ce qui n’est pas le cas ici.”

Surprenant les services de l’Etat, ces résultats d’analyse d’ADN sont pourtant sans appel : la “bombe génétique” prédite par certains, qui menaçait de faire disparaître les cerfs sauvages du Vercors n’explosera donc pas ! Grâce à ces résultats, l’ASPAS va naturellement faire une demande auprès de la préfecture pour abroger l’arrêté d’abattage qui menace les cerfs de Valfanjouse. D’autant plus que l’ensemble des cerfs sika mâles a pu être vasectomisé, rendant impossible tout croisement avec des biches élaphes si l’un d’entre eux parvenait à sortir de l’enclos malgré l’entretien et la surveillance régulière de l’état des clôtures.

Bibiche n’aura pas plus besoin de son sanctuaire !

Si la préfecture accepte, nous pourrons alors abandonner le projet de sanctuaire, dans la mesure où les animaux pourront rester dans l’ancien enclos de chasse sans risque d’être abattus. Ce gain d’espace vital maintiendra leur bien-être, sur lequel l’ASPAS continuera de veiller jusqu’à leur mort naturelle.

En conclusion, alors qu’en début d’année, le sanctuaire semblait la seule option possible pour éviter l’abattage prévu pour la fin d’année 2023, la réception des résultats génétiques quelques mois plus tard est venu bousculer ce dossier nous permettant de répondre aux inquiétudes d’une potentielle hybridation dans l’enclos de VVS : un véritable soulagement à la fois pour ces animaux et pour les équipes (administrateurs, bénévoles, salariés, vétérinaires) qui se démènent sur ce site depuis toutes ces années !

Que deviendront les dons récoltés pour le sanctuaire ?

En juin, l’ASPAS a lancé une campagne d’appel à dons “Sauvez Bibiche”, pour contribuer au coût de construction du sanctuaire et sauver les animaux qui étaient sous la coupe d’un arrêté d’abattage. Au vu des résultats génétiques qui prouvent qu’il n’y a aucune hybridation entre les cerfs élaphes et les cerfs sika de l’ancien enclos de chasse de Valfanjouse, la préfecture devrait logiquement retirer son arrêté d’abattage. Dans l’affirmative, le sanctuaire que nous avions prévu de mettre en place pour sauver les animaux n’aurait donc plus raison d’être.

Dans ce cas, sauf avis contraire de la part des donatrices et donateurs et s’ils et elles n’y voient pas d’inconvénient, les dons effectués pour le projet sanctuaire pourront être redirigés vers de nouvelles acquisitions foncières et surtout vers le “sanctuaire élargi”, pour le soin des animaux puis la réalisation du démantèlement de l’enclos de chasse – projet, rappelons-le, unique en France !

Dernières actualités

22.05.2024

Un loup dans un Parc national, quel scandale !

Près du village d’Altier en Lozère, en plein cœur du Parc national des Cévennes, la vidéo de ce qui semble être un loup poursuivi par une voiture sur une route de montagne est devenue virale sur les réseaux sociaux depuis sa mise en ligne, le 19 mai 2024. Comme à leur habitude, chasseurs, bergers et […]

16.05.2024

“GOUPIL” n°157, le magazine trimestriel de l’ASPAS

Dans ce numéro de printemps, réservé à nos adhérents à jour de cotisation, vous retrouverez les dernières victoires de Maître Renard devant les tribunaux, l’actualité de nos délégations territoriales, des articles inédits concernant les actions de l’ASPAS en faveur des loups, des lynx, des renards et blaireaux, ainsi qu’un grand dossier central consacré aux parcs […]

13.05.2024

Non, les blaireaux ne dévorent pas les brebis vivantes !

D’abord une citation de la Fédération de chasse d’Indre-et-Loire dans La Nouvelle République, ensuite un communiqué délirant du président de celle de la Haute-Vienne… La grosse intox du blaireau tueur de moutons refait surface ces dernières semaines dans le monde cynégétique* ; comme par hasard dans deux départements où la pratique du déterrage a été retoquée […]

07.05.2024

Drôme : dites NON à la chasse aux 1000 chamois !

Malgré une population en baisse, les chasseurs drômois font pression pour tuer plus d’un millier de chamois d’ici 2027… Pour leur seul loisir ! Avant le 12 mai 2024, participons en masse à la consultation publique pour demander un moratoire sur la chasse de cette espèce emblématique de nos montagnes !   Le chamois est un ongulé paisible, […]

06.05.2024

“La part du loup”, un film sur le gouffre culturel entre l’Italie et la France

Pourquoi la cohabitation entre le loup et les activités pastorales fonctionne mieux en Italie qu’en France ? C’est le fil rouge du nouveau film documentaire La Part du Loup réalisé par Carmen Munoz Pastor et Vincent Primault, dont l’ASPAS et Férus sont partenaires. Des avant-premières sont prévues les 10 et 11 mai 2024 au Festival Nature d’Aubusson (23). […]