Commandée par le ministère de l’Écologie, une étude inédite du Muséum national d’histoire naturelle démontre l’inutilité d’abattre des millions de renards, fouines, corvidés et autres animaux considérés comme “espèces susceptibles d’occasionner des dégâts” (ESOD) pour réduire les dommages aux activités humaines.
Renards, fouines, martres, belettes, geais, pies, étourneaux, corneilles et corbeaux : 1,7 million de ces animaux sont massacrés chaque année en France en vertu de la réglementation relative aux “ESOD”. Un classement triennal établi sur la base de déclarations de dégâts invérifiés et très souvent invérifiables, renseignées non seulement par des agriculteurs et des éleveurs, mais aussi par de simples particuliers.
Lorsqu’on est classé “ESOD”, on peut être tiré, piégé, et même déterré vivant (pour les renards) 12 mois sur 12 dans l’ensemble du département*, et ce de manière illimitée.
Depuis de nombreuses années, l’ASPAS se bat becs et griffes contre cette réglementation propre à la France, absurde d’un point de vue écologique et totalement inacceptable d’un point de vue éthique.
Alors que de nombreuses études ont déjà remis en cause le bien-fondé du classement ESOD (avis de l’ANSES en 2023, étude la FRB en 2024, rapport de l’IGEDD en 2024, étude Careli en 2025, etc.), aucune publication n’avait jusqu’à présent abordé de manière aussi détaillée sa dimension économique.
L’étude du Muséum, parue le 9 mars 2026 dans la revue Biological Conservation, est à cet égard très édifiante. Par l’analyse de 7 années de données (de 2015 à 2022), les chercheurs démontrent en effet que les dépenses annuelles consacrées à la destruction des renards, fouines, geais et autres animaux de la liste noire des “ESOD” (évaluées entre 103 et 123 millions) sont jusqu’à huit fois supérieures au coût des dégâts déclarés annuellement (de 8 à 23 millions d’euros).
Le Muséum en conclut qu’ « il n’existe ainsi aucune preuve d’un quelconque bénéfice à détruire massivement les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts, d’autant que ces destructions réduisent les services que ces espèces rendent à nos sociétés, notamment à l’agriculture et la foresterie, comme la prédation des rongeurs et la dispersion des graines ».
L’ASPAS appelle à l’abandon total de la réglementation “ESOD” !
La publication du Muséum vient se rajouter à une longue liste d’études, de rapports et d’avis émis ces dernières années par le monde scientifique qui, tous sans exception, ne trouvent aucune justification au massacre généralisé de millions d’animaux, que ce soit pour lutter contre une zoonose, réduire les effectifs d’une population ou réduire les dommages qu’ils sont accusés de commettre aux activités humaines.
À la lumière de toutes ces connaissances et préconisations,
- Considérant que la destruction des “ESOD” n’est pas recommandée pour des motifs sanitaires ;
- Considérant que la destruction des “ESOD” ne fait pas diminuer les dommages aux activités humaines ;
- Considérant que la destruction des “ESOD” coûte plus cher que le coût des dégâts imputés à ces animaux ;
- Considérant que le massacre illimité d’animaux indigènes, dont on ne connaît pas, pour beaucoup, l’estimation réelle des populations, est inacceptable d’un point de vue écologique et éthique ;
- Considérant que le massacre de masse prive les humains de nombreux services écosystémiques offerts par ces alliés naturels (régulation des micromammifères, dispersion des graines végétales, régénération forestière, etc.) ;
- Considérant qu’il existe des alternatives non-létales à la destruction qui ont démontré leur efficacité ;
- Considérant que l’Inspection Générale de l’Environnement et du Développement Durable (IGEDD), saisie par le ministère de l’Ecologie, recommande l’abandon de la politique “ESOD” en place ;
l’ASPAS demande au ministère de l’Écologie l’abandon définitif du classement “ESOD” pour l’ensemble des espèces concernées (renard, fouine, martre, belette, corneille noire, corbeau freux, pie bavarde, geai des chênes et étourneau sansonnet).
Nous appelons également de nos vœux un changement radical de paradigme, avec des décisions systématiquement justifiées sur les plans éthique, écologique, économique et sanitaire, et plus jamais prises sous l’influence des lobbies qui ne cherchent qu’à défendre leurs propres intérêts.
Nous exigeons de l’État la mise en œuvre d’une politique de cohabitation plus sereine et pacifiée avec la faune sauvage, où chaque espèce est respectée, où chaque individu est pris en considération, et où les mesures de protection des activités humaines et d’indemnisation des dommages sont privilégiées sur celles de la destruction massive et contreproductive.
* Dans de rares cas, le renard en particulier “bénéficie” d’un déclassement partiel dans certaines communes…
Photo d’en-tête © F. Cahez

