Chasse : les lâchers de faisans font disparaître les reptiles

Chasse : les lâchers de faisans font disparaître les reptiles

Une étude belge* révèle l’impact désastreux des lâchers massifs de faisans pour la chasse sur plusieurs espèces de reptiles, notamment le lézard vivipard et l’orvet fragile.

Chaque année, en France, des millions de faisans de Colchide (espèce originaire d’Asie) sont élevés puis relâchés dans la nature, pour le seul loisir de la chasse**. C’est généralement quelques semaines avant l’ouverture de la chasse que l’on peut croiser ces oiseaux perdus à la campagne, pas farouches pour un sou, errer sur le bord des routes, certains munis d’un « poncho » plastique de couleur orange fluo pour mieux les repérer… Dans les zones de lâchers, les chasseurs installent souvent des mangeoires, des abreuvoirs, et tendent lorsqu’ils le peuvent des pièges pour supprimer le maximum de petits prédateurs qu’ils accusent de s’attaquer à leurs petites cocottes (renards, martres, fouines, etc.)

Ces pratiques concernent aussi la Wallonie, en Belgique, une région où des chercheurs viennent de révéler les effets négatifs de ces introductions sur les petits reptiles endémiques dont sont friands les faisans. Publiée dans le Bulletin scientifique n°180 de la Société Herpétologique de France (SHF) en juillet 2022, cette étude de terrain est la première du genre à prouver à quel point les populations de reptiles chutent de façon radicale dans les zones où ont lieu des lâchers de faisans, en comparaison avec les zones où ces pratiques sont inexistantes.

Une espèce de squamate a été particulièrement étudiée : le lézard vivipare (Zootoca vivipara). Les données, obtenues grâce à la méthode des abris artificiels, ont été compilées à partir d’inventaires réalisés depuis plus de 20 ans sur plusieurs centaines de sites en Wallonie, parmi lesquels 6 sont concernés par des lâchers massifs de faisans.

Les résultats sont sans appel : « Aucun reptile n’a été découvert sur les six sites soumis à des lâchers massifs de faisans, et ce quel que soit le nombre de visites effectuées. Des squamates ont cependant été trouvés sur 100 % des 261 sites témoins. En moyenne, 3,2 espèces ont été découvertes sur les sites non soumis à des lâchers massifs de faisans ».

L’étude a par ailleurs permis de démontrer que dans une zone anciennement soumise à des lâchers de faisans, les lézards avaient fini par recoloniser la zone mais seulement plusieurs années plus tard…

A la lumière de cette nouvelle étude et dans le contexte alarmant du dérèglement climatique et de la chute de la biodiversité, l’interdiction des élevages et des lâchers de faisans est plus que jamais une nécessité !

* Impacts des lâchers massifs de faisans de Colchide (Phasianus colchicus L.) sur les squamates (Reptilia Squamata), Eric GRAITSON et Julien TAYMANS, 2022 (PDF)

**L’ASPAS a été l’une des premières associations en France à révéler les dessous de ces pratiques avec l’enquête « De la cage au carnage », diffusée en 2018.

© Photo d’en-tête : Richard Holding

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