Stop à la chasse en enclos : lettre ouverte à Willy Schraen

Stop à la chasse en enclos : lettre ouverte à Willy Schraen

L’ASPAS, qui dénonce depuis plusieurs années la chasse sur des animaux maintenus en captivité, a adressé une lettre au Président de la Fédération Nationale des Chasseurs de France Willy Schraen, pour lui demander de prendre position sur cette pratique cruelle et méconnue qui va à l’encontre de toutes les valeurs cynégétiques par ailleurs mises en avant par les chasseurs.

M. Schraen soutient, semble-t-il, la proposition de loi du député LREM François Cormier-Bouligeon qui sera déposée prochainement, visant à empêcher la création de nouveaux enclos de chasse, en particulier en Sologne, territoire traditionnel de chasse qui subit un engrillagement devenu hors de contrôle (lire à ce propos notre article et cette enquête du journal La Montagne). Mais l’ASPAS souhaite que le représentant national des chasseurs affirme clairement et publiquement sa position concernant la chasse en enclos PARTOUT EN FRANCE ! On estime en effet à 1300 le nombre de parcs et enclos sur tout le territoire (lire à ce propos notre enquête “Carnage derrière le grillage“)

Ci-dessous, la lettre à M. Schraen datée du 28 janvier 2021 :

Monsieur Willy Schraen, Président de la Fédération Nationale des Chasseurs de France

L’Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS) souhaite vous interpeller aujourd’hui sur une pratique cynégétique jusqu’à récemment largement méconnue des Français, et qui semble très éloignée des missions de soi-disante « régulation » et de protection de la biodiversité revendiquées par la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) : celle qui consiste à chasser des animaux maintenus en captivité dans des parcs ou enclos de chasse.

On estime, grâce à des chiffres fournis par une enquête administrative de l’ONCFS en 2012, à environ 1300 le nombre de ces parcs et enclos à travers la France, où des chasseurs payent souvent le prix fort le droit de tirer sangliers, chevreuils, mouflons, cerfs élaphes, mais aussi des espèces non indigènes tel le cerf Sika, dont l’hybridation possible avec le cerf élaphe pose un sérieux problème écologique.

Ces animaux ainsi prisonniers sont soit issus d’élevages français, soit importés depuis l’étranger dont la provenance exacte n’est pas toujours connue. Une enquête datant de 2015 (Hars et al.) a révélé par exemple, qu’entre 2012 et 2015, au moins 1400 sangliers ont été importés de Pologne et de Hongrie à destination de parcs de chasse situés en Côte d’Or, dans l’Yonne et dans la Marne. La Marne où justement, en 2012, des sangliers atteints de tuberculose à “Mycobacterieum bovis” ont été découverts dans l’un des parcs de chasse.

Dans le contexte de la peste porcine qui guette à nos frontières et qui représente une grande menace notamment pour les élevages porcins français, est-il raisonnable de continuer à autoriser ces importations douteuses pour le simple loisir de quelques chasseurs ?

Outre les risques sanitaires en jeu, vous conviendrez sans mal que ces parcs et enclos de chasse ne favorisent non plus en rien la biodiversité : dans ces espaces clos quadrillés de miradors, de points d’eau et de points de nourrissage artificiels, l’objectif est d’offrir aux clients un éventail de cibles faciles afin qu’ils puissent repartir avec le trophée de leur choix. La densité des animaux est ainsi beaucoup plus importante que dans le milieu sauvage, générant ainsi un piétinement important des sols et un appauvrissement de la flore.

Qui dit prisonnier dit aussi évadé : si elles peuvent paraître anecdotiques, les évasions d’ongulés détenus dans les parcs et enclos de chasse sont pourtant un phénomène répandu et récurrent. De par leur constitution, leur mode de vie et leur capacité de pénétration, les sangliers sont particulièrement aptes à trouver les failles et à se faufiler dans les zones de faiblesse des grillages insuffisamment entretenus. Selon l’enquête de 2012 de l’ONCFS, « l’état de la clôture est considéré comme douteux ou non étanche pour 10% de la totalité des structures ». Rien qu’en 2006, 2007 et 2008, il a été noté 3648 animaux échappés de 434 structures (dont 31% de sangliers).

Dès lors, comment justifier la régulation des animaux sauvages lorsque l’on tolère en parallèle des élevages et des importations de ces mêmes animaux ?

Un récent décret publié par les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique entend encadrer les enclos de chasse, à travers notamment des contrôles sanitaires plus stricts, mais en aucun cas il n’est question pour nos gouvernants d’interdire cette pratique, qui va pourtant à l’encontre des valeurs de la chasse que vous prétendez incarner. Si l’on se réfère à la Charte de la chasse en France, bien mise en évidence sur le site officiel de la FNC, le bon chasseur est celui qui pratique l’art de la chasse dans le « respect de l’animal chassé », et qui « participe activement à la défense des habitats et à l’amélioration de la biodiversité ».

Cette charte vous paraît-elle s’appliquer à la pratique de la chasse en parcs et enclos M. Schraen ? Notre enquête en caméra cachée, réalisée dans un parc de chasse à sangliers en Nouvelle Aquitaine, montre des pratiques choquantes : on y voit clairement que le jeu des chasseurs est de faire courir le sanglier le plus longtemps possible avant de l’achever, à coups d’épieux.

On imagine non sans peine que des pratiques similaires existent derrière les grillages d’autres enclos de chasse, partout en France, à l’abri des regards et de tout contrôle.

M. Schraen, êtes-vous prêts, aujourd’hui, à dénoncer publiquement ces parcs et enclos de chasse qui s’assimilent à de véritables « parcs d’attraction pour chasseurs » contraires à toute éthique ? Êtes-vous prêts à faire pression sur nos élus pour demander leur interdiction, non seulement en Sologne où vous avez déjà pris position, mais partout en France ?

Nous espérons profondément qu’en votre qualité de président de la Fédération Nationale des Chasseurs de France, et donc représentant de la bonne image des pratiques cynégétiques en France, vous entendrez notre appel et vous positionnerez contre ces chasses commerciales qui sont un non-sens écologique, éthique et sanitaire.

Si vous souhaitez plus d’informations sur les parcs et enclos de chasse en France, sachez que nous tenons à votre disposition un rapport d’expert, réalisé à partir de nombreuses sources officielles et scientifiques.

Veuillez recevoir, Monsieur Schraen, nos plus sincères salutations.

Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS)

Carnage derrière le grillage

En septembre 2019, nous avons dévoilé une enquête exclusive avec des images tournées en caméra-cachée dans un parc de chasse à sangliers en Nouvelle-Aquitaine : les pratiques des chasseurs sont insupportables. Plus de 44 000 citoyens ont déjà signé notre pétition en ligne pour demander l’interdiction de la chasse sur des animaux en captivité.

Méconnue, cette pratique n’est pas anecdotique puisqu’elle concerne environ 1 300 parcs et enclos qui détiennent au total 50 000 à 100 000 animaux : cerfs, chevreuils, mouflons, daims, etc.

> Notre enquête complète en infiltration
> Le dépliant de sensibilisation (PDF) à diffuser massivement
> Toutes nos vidéos sur la chasse en enclos

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