Et c’est reparti pour trois ans de tueries… Après un faux petit suspense, en juin, qui a offert quelques semaines de répit1 bienvenues à notre petite faune sauvage martyrisée, le ministère de l’Écologie a fini par révéler son nouveau projet d’arrêté triennal relatif aux « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ». Une nouvelle liste de la mort qui réautorise, jusqu’au 30 juin 2029, le massacre de millions d’animaux sauvages sur une vaste partie du territoire métropolitain.
On avait pourtant de bonnes raisons de croire à un changement de paradigme, cette année, avec l’évolution des mentalités et une série de publications scientifiques toutes critiques du système en place. Il y a d’abord eu la synthèse de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), en 2024, pour qui la liste « ESOD » ne repose sur aucun fondement scientifique. Le rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD) de 2025, ensuite, qui recommande de privilégier les mesures de prévention plutôt que de destruction. Puis, enfin, l’étude toute récente du Muséum national d’histoire naturelle qui tend à démontrer, pour la première fois, que la régulation des « ESOD » est non seulement inefficace, mais qu’elle coûte aussi plus cher que les dommages qu’on leur impute (!)…
Hélas, tout ce travail de fond a été royalement ignoré par notre ministère de la Destruction écologique qui, malgré quelques menues avancées, s’obstine toujours à permettre aux chasseurs et aux piégeurs d’abattre un nombre illimité de renards, fouines, martres, belettes, pies, corneilles, corbeaux, geais et étourneaux, partout où ces animaux sont injustement considérés comme « nuisibles ».
Dès la mise en ligne du projet d’arrêté, le 9 juillet, l’ASPAS a inondé les réseaux sociaux de messages appelant les citoyens à s’opposer massivement au texte via la consultation publique. Un argumentaire complet, disponible sur notre site, a été consulté près de 10 000 fois en 4 jours à peine !
Ce qui change par rapport à l’arrêté précédent
Si la tendance générale est à la baisse (martre, geai, corbeau et corneille de manière assez conséquente, fouine de manière moins marquée), le nombre de classements départementaux augmente légèrement pour trois espèces (renard, pie et étourneau). La belette, quant à elle, n’évolue toujours pas : seul le Pas-de-Calais, département de Willy Schraen, s’obstine à vouloir massacrer cette minuscule créature de moins de 200 grammes !
Concernant la martre, l’ASPAS est totalement indignée du manque de courage du ministère qui, après avoir annoncé vouloir déclasser cette espèce partout en France, conformément à la jurisprudence que nous avons obtenue devant le Conseil d’État en mai 2025, a finalement cédé à la pression des chasseurs, en classant le mustélidé dans 14 départements (ce qui est toujours 12 de moins par rapport à 2023).
Un léger mieux pour les renards
Les renards sont classés « ESOD » dans 91 départements (soit 3 de plus qu’il y a 3 ans), mais dans 16 d’entre eux, ils « bénéficient » d’un classement partiel, contre seulement 8 dans l’arrêté précédent. Cela s’explique, dans certains cas, par une meilleure reconnaissance du rôle écologique de ces petits prédateurs, qui contribuent à limiter la prolifération de lapins et de campagnols.
D’autre part, la « destruction » des renards par déterrage n’est plus possible dans 27 départements (et même 28, si on y ajoute certaines communes de Lozère). Il y a 3 ans, ils n’étaient que 6 à interdire cette barbarie ! Cette avancée est en partie due à la jurisprudence obtenue par l’ASPAS devant le Conseil d’État.
Enfin, il nous faut aussi féliciter l’Yonne qui a décidé de ne permettre que le piégeage des renards et de le restreindre à 50 mètres maximum autour des élevages avicoles, principalement, et ce uniquement sur certaines communes. L’ASPAS milite évidemment pour qu’à terme il n’y ait plus de piégeage du tout, mais cette évolution, si elle était étendue partout en France, représenterait déjà un sacré bond en avant !
Dans les prochaines semaines, nos juristes analyseront en détail les différents classements pour décider lesquels attaquer en priorité devant le Conseil d’État. On ne lâche rien !
© Photo d’en-tête : F. Cahez
- L’arrêté précédent étant arrivé à échéance le 30 juin 2026, la « destruction » des ESOD est suspendue jusqu’à la publication du nouvel arrêté triennal. ↩︎

