La Haute-Savoie veut (encore) faire abattre des bouquetins sains !

La Haute-Savoie veut (encore) faire abattre des bouquetins sains !

Une fois de plus, la préfecture de Haute-Savoie veut faire abattre un nombre important de bouquetins du Massif du Bargy, dont certains sont soupçonnés d’êtres porteurs de la brucellose, pour éviter qu’ils ne contaminent les cheptels domestiques, notamment les vaches qui produisent le fameux reblochon.

Une consultation publique est actuellement en cours jusqu’au 20 mai.Je donne mon avis !

Problème : outre la capture de 150 bouquetins pour analyse et euthanasie éventuelle, le préfet veut autoriser la “destruction” à l’aveugle de 60 autres individus situés dans des zones escarpées où la capture s’avère impossible ! 

Pourtant, le caractère préventif d’une telle mesure n’a pas fait ses preuves. Depuis 2012, 482 bouquetins ont été éliminés sur le Massif du Bargy, 134 par euthanasie après avoir été contrôlés positifs à la brucellose, et 348 par des tirs d’abattage sans vérification préalable de leur infection…

Il y a eu en 21 ans une seule occurrence de la résurgence de la brucellose bovine dans le massif du Bargy, et plus généralement en France. Il n’a d’ailleurs jamais été prouvé que ce sont les bouquetins qui avaient été à l’origine de cette infection.

De plus, l‘abattage indiscriminé en zone cœur (Grand et Petit Bargy, Jallouvre-Peyre), de plus ciblé sur les femelles en âge de procréer, désorganise la hiérarchie sociale dans les hardes et contribue à la contamination de davantage d’individus, comme cela a été constaté à la suite des abattages massifs de 2013 et 2015.

Nous pensons que les éleveurs devraient prendre des dispositions pour que leurs troupeaux ne s’aventurent pas dans les zones à bouquetins. De rares éleveurs ont mis en place des parcs, mais la plupart ne le font pas, et on trouve notamment des moutons et des chèvres jusqu’en haut des sommets.

Alors que le Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) a émis un avis défavorable aux tirs indiscriminés (à lire ici en PDF), passer en force laisserait penser que l’Etat privilégie les intérêts de l’industrie agro-alimentaire par rapport aux expertises scientifiques et à la préservation de la faune sauvage. 

La brucellose est une infection bactérienne qui provoque chez l’animal pathologies articulaires et avortements, potentiellement transmissible à l’Homme et aux troupeaux d’élevage qui partageraient le même environnement que des bouquetins infectés. Un foyer d’infection avait été identifié en 2012 dans un élevage bovin laitier de la commune du Grand Bornand (74) et sur deux enfants qui avaient consommé du fromage frais au lait cru issu du même élevage. Bien qu’un tel risque de transmission demeure extrêmement faible selon les experts de l’ANSES, l’État avait alors tenté d’éradiquer l’infection, mais en vain, en lançant des abattages massifs et indiscriminés de bouquetins entre 2012 et 2015. 

Grâce à la mobilisation des associations de protection de la nature, ces abattages sans distinction entre animal malade ou sain avaient finalement été abandonnés en 2015 pour euthanasier uniquement les animaux infectés.

Soyons nombreux à participer à la consultation publique d’ici le 20 mai ! Avec les leçons tirées de la crise du coronavirus, n’est-il pas temps d’apprendre à respecter la faune sauvage et écouter l’avis des scientifiques plutôt que les lobbies de la chasse et de l’agriculture ?

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