Chasser dans une Réserve naturelle est une aberration !

Chasser dans une Réserve naturelle est une aberration !

Le 7 septembre 2020, l’ASPAS, la Frapna Drôme, Cohérence Nature et le Collectif Citoyens et Nature en Val de Drôme ont annoncé leur intention d’engager un recours gracieux pour demander l’arrêt de la chasse aux oiseaux d’eau dans la Réserve naturelle des Ramières (Drôme).

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La Réserve naturelle nationale des Ramières du Val de Drôme, située entre Crest et Loriol/Livron, représente la plus grande zone humide du département de la Drôme.

Elle constitue un exceptionnel réservoir de biodiversité et une partie du domaine public fluvial a même été classé en ZPS, Zone de Protection Spéciale pour les oiseaux, intégrant le dispositif européen Natura 2000.

Les zones sans chasse le long de la Drôme représentent seulement 2% du Domaine Public Fluvial, contre près de 20% sur les autres rivières du département, n’offrant aucun répit aux oiseaux d’eau circulant dans cette zone. S’ajoute à cette pression, celle du réchauffement climatique, et celle de la dégradation globale des milieux et donc la diminution des ressources alimentaires disponibles.

L’interdiction de la chasse, instaurée pendant trois années (2013-2015) avait prouvé le potentiel du site pour de nombreuses espèces menacées et à protéger comme la sarcelle d’hiver et la bécassine des marais.

Les habitants du Val de Drôme n’ont aucun intérêt au maintien de la chasse car cela va à l’encontre de la mission de la Réserve qui est d’offrir aux migrateurs un espace de quiétude. Cette protection vitale des oiseaux de la Réserve naturelle correspond à une forte attente des 60 000 visiteurs par an sur le site.

Ces mêmes visiteurs, randonnant sur les itinéraires organisés pour ne pas déranger, profitent sans perturber du milieu naturel et de la faune présente.

Réserve des Ramières et chasse : une situation aujourd’hui totalement anachronique

Les chasseurs avaient été associés à la création de la Réserve naturelle en 1987, et la chasse y est autorisée historiquement.

Sarcelle d’hiver de profil dans l’eau

Comme nous l’avons rappelé, le contexte a largement changé. Les activités cynégétiques représentent aujourd’hui un dérangement qui n’est plus acceptable, d’autant plus sur une zone de protection spéciale des oiseaux – Natura 2000.

Pour l’heure, l’intercommunalité en Biovallée défend le maintien de cette activité perturbante de chasse sur le domaine public, touchant des espèces d’oiseaux en déclin, alors que l’engagement de la Zone de Protection Spéciale des Ramières (Directive Européenne) est de tout mettre en oeuvre pour protéger les espèces pour lesquelles elle a été désignée.

Comme gestionnaire de la Réserve naturelle, l’évidence voudrait que cette Intercommunalité se positionne pour améliorer la protection des espèces menacées de la Réserve.

Le maintien de la chasse aux oiseaux d’eau dans les Ramières est par ailleurs contraire aux intérêts de la commune d’Eurre qui a consenti un lourd investissement en aménageant un observatoire ornithologique sur son territoire. Du fait du dérangement par la chasse, les oiseaux ne sont pas au rendez-vous devant cet équipement (financé en partie par l’Europe, avec obligation de respecter les normes Européennes).

Les observations de l’équipe scientifique de la Réserve naturelle depuis 30 ans

Évolution générale du nombre de canards observés en fréquence d’observation (extrait du rapport du conservateur remis au Préfet de la Drôme)

L’augmentation du stationnement des canards a été immédiat et constant pendant les 3 années où la chasse aux oiseaux a été interdite (2013 à 2015). Cependant, depuis 2016, le stationnement des canards est redevenu très faible du fait du dérangement provoqué par la chasse.

Nous sommes passés dès septembre 2013 de moins de 7 canards avant l’interdiction de la chasse, à 80 à 120 canards avec instauration de la réserve de chasse (X 10 fois). Les espèces les plus fréquentes sont les canards de surface qui trouvent des milieux favorables à leur alimentation toute l’année dans le lit de la rivière Drôme. De 2013 à 2015, les canards ont pu stationner toute la saison de chasse, d’août à février, ce qui n’était pas le cas avant la création de la réserve de chasse. Le stationnement des canards a été bénéfique également aux plans d’eau Lafarge d’Eurre – réserve de l’ACCA (environ 15 ha mitoyens de la Réserve naturelle).

Les oiseaux ont été vus tous les jours faisant la navette entre la Réserve naturelle et les plans d’eau Lafarge. La réserve de chasse de l’ACCA est donc complémentaire de celle du domaine de l’État. Ce rapport du Conservateur a été validé en 2019 par le Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel Auvergne-Rhône-Alpes (CSRPN) qui a demandé la remise en place d’une réserve de chasse et de faune sauvage sur le Domaine Public de la rivière Drôme, sur le territoire de la Réserve naturelle.

L’arrêt de la chasse dans la Réserve des Ramières est une mesure de protection légale qui doit lui permettre de jouer pleinement son rôle.

Un bon exemple des effets bénéfiques de l’absence de chasse est celui d’un canard protégé : le harle bièvre. Ce canard s’est implanté depuis 4 ans aux bords de la rivière Drôme. Il bénéficie de son statut de protection légale et de la présence de zones qui ne sont pas chassées : traversée des villages à Aouste et Crest, lac des oiseaux à Eurre (lacs Lafarge). Grace à ces espaces non-chassés, le nombre de couples nicheurs est en augmentation au fil des ans.

Le harle bièvre, canard protégé par la loi photographié sur la Drôme à Crest

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