Quand on la laisse tranquille, la nature est plutôt bien faite…
Jusqu’à présent on savait que les coucous, notamment, se nourrissaient de chenilles processionnaires du pin et du chêne, dont les poils sont hautement urticants pour les humains et les animaux domestiques.
Mais ces petites créatures ont aussi d’autres prédateurs, et ce à chaque étape de leur développement : les œufs pondus sur les aiguilles de pins sont consommés par certaines mésanges, les chrysalides enfouies dans le sol sont déterrées par les sangliers et les huppes, et les papillons nocturnes deviennent les proies des chauve-souris et des engoulevents.
Seules les femelles adultes, qui ne survivent que 48h, semblaient échapper aux prédateurs. Or une étude récente* menée en Espagne sur des fèces de renards, de blaireaux, de fouines et de genettes a permis de démontrer que ces prédateurs terrestres sont justement les principaux régulateurs des femelles de processionnaires du pin !
En France, l’Observatoire des espèces à enjeux pour la santé humaine, piloté par le réseau FREDON et missionné par le ministère de la Santé, en a fait une très bonne vulgarisation sur son site web.
En résumé, l’étude a permis de démontrer que le rôle de régulation des processionnaires du pin est particulièrement important chez les renards et les fouines. En effet, leurs crottes prélevées dans le massif de la Cazorla contenaient en moyenne respectivement 19,1 % et 11,3 % de restes de femelles Thaumetopoea pityocampa. L’identification de femelles, spécifiquement, a été rendue possible par la présence d’œufs et d’écailles anales caractéristiques : en moyenne, une crotte de renard contenait 1773 oeufs et une crotte de fouine, 680.
En extrapolant ces données à l’ensemble de la période de vol des papillons adultes (environ deux mois), les auteurs de l’étude ont ainsi estimé que les renards avaient consommé au moins 134 femelles par km², et les fouines au moins 35. Soit plusieurs dizaines de milliers d’œufs qui ne se transformeront pas en chenilles aux poils urticants !
Compte tenu de l’important problème sanitaire posé par ces insectes, cette régulation naturelle jusqu’à présent insoupçonnée est clairement un nouvel argument sanitaire et écologique de poids en faveur de la réhabilitation de la fouine et du renard.
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Malgré une littérature scientifique de plus en plus abondante qui démontre le rôle précieux de ces deux petits prédateurs dans les écosystèmes, ils sont hélas toujours injustement considérés comme “nuisibles” en France, essentiellement par les chasseurs qui les accusent de prédater “leur” petit gibier (perdrix, faisans, lapins)…
Notre ministre de l’Ecologie tiendra t-elle compte de cette nouvelle étude pour retirer Vulpes vulpes et Martes foina de sa prochaine liste triennale des “espèces susceptibles d’occasionner des dégâts” (ESOD), et ainsi privilégier la santé des Français sur le petit loisir mortifère des chasseurs ? Rien de moins sûr… En tout cas, n’hésitez pas à lui suggérer, dès que la consultation publique relative à ce funeste projet sera dévoilée !
* Source : Román, Jacinto, Juan Carlos Rivilla, Javier Calzada, and Francisco J. Palomares. 2026. “Opportunistic Predation by Carnivore Mammals on Females of Pine Processionary Moths, Thaumetopoea Pityocampa.” Ecosphere17(2): e70542.
Photo du renard © R. Holding

