Après l’abaissement de la protection des loups actée en juin 2025 au niveau européen, le gouvernement voulait aller vite pour adapter la législation nationale dès le 1er janvier 2026. Pourtant, à ce jour, aucune nouvelle réglementation n’est entrée en vigueur. Un sursis bienvenu qui s’explique, on aime à le penser, par la très forte opposition citoyenne exprimée lors des dernières consultations publiques, mais aussi par notre récente victoire obtenue contre des tirs de défense devant le Conseil d’État. Cependant, à écouter de récentes annonces du ministère de l’Agriculture, le pire est peut-être encore à venir…
Le 5 juin 2025, le loup a officiellement vu sa protection diminuer dans l’Union européenne, une décision purement politique prise contre toute recommandation scientifique. Plusieurs pays hostiles aux loups se sont alors rapidement organisés pour adapter en conséquence leurs réglementations nationales respectives, mais c’était sans compter une forte résistance des citoyens et des associations. En Suède, par exemple, un tribunal a bloqué la chasse aux loups qui devait s’opérer dans 5 comtés.
En France, un projet de décret abandonné…
La France, qui a largement soutenu le processus de déclassement du loup depuis ses débuts (un feuilleton qui a commencé dès 2022), a voulu aller vite. Trop vite, visiblement… Pour être prête pour le 1er janvier 2026, elle a d’abord présenté un projet de décret, en octobre, “portant diverses dispositions relatives aux mesures de protection des espèces animales non domestiques et végétales non cultivées”. Un projet extrêmement dangereux, puisqu’au-delà du seul cas du loup, le gouvernement a voulu anticiper le déclassement potentiel d’autres espèces protégées par la directive Habitats : vautours, ours, castors, bouquetins, cormorans… Bref, tous ces joyaux de notre biodiversité qui enquiquinent une frange du monde agricole réfractaire à toute cohabitation avec le sauvage.
Fort heureusement, sous la pression citoyenne (89 % d’avis défavorables !) et l’opposition unanime du CNPN, le ministère a tout bonnement décidé d’abandonner ce projet !
… puis un projet d’arrêté, toujours pas publié !
Une joie de courte durée, hélas, puisque quelques semaines plus tard, un autre projet a été dévoilé, spécifique au loup cette fois, pour le supprimer tout bonnement de la liste des mammifères protégés en France, et pour faciliter encore davantage sa destruction autour des troupeaux domestiques. Là encore, l’ASPAS a été prompte à rameuter ses sympathisants et un maximum de citoyens pour appeler à inonder de messages d’indignation la plateforme de consultation publique (32 834 contributions, en tout !).
Nous avions jusqu’au 19 décembre pour nous exprimer. Tout laissait penser que le texte allait passer en l’état, un communiqué du ministère de l’Écologie datant du 26 décembre annonçant clairement une “simplification de la régulation” du loup dès le 1er janvier 2026, comme si tout était déjà plié…
Et pourtant, venu le mois de janvier, et alors que de nombreux médias présentaient la chose comme si elle était déjà actée, aucun arrêté modifiant la réglementation sur les tirs de loup n’a été publié au Journal officiel.
Un arrêté surprise qui fait un pas en direction de la cohabitation
De manière plutôt inattendue, en lieu et place de l’arrêté encadrant les tirs de loups, c’est une mise à jour de l’arrêté “relatif à l’aide à la protection des exploitations et des troupeaux contre la prédation du loup et de l’ours” qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2026. Avec dans son contenu une bonne nouvelle, puisque l’État a enfin pris en compte l’une des mesures demandées par l’ASPAS depuis des années, à savoir celle de considérer l’ensemble du territoire français comme potentielle zone de réinstallation des loups. En effet, tous les départements (sauf région parisienne, Corse et territoires d’Outre-mer) sont désormais en cercle 3, ce qui ouvre la possibilité à tous les éleveurs professionnels de recourir à des aides, à savoir : des chiens de protection et un accompagnement technique à leur emploi.
Le bon sens serait-il en train de l’emporter, en favorisant la cohabitation plutôt que la folie destructrice ?
Nous serions bien naïfs de tirer une telle conclusion… La logique des tirs létaux est toujours ce qui prédomine, hélas, la politique menée par le gouvernement. Pour preuve, le ministère de l’Agriculture a annoncé, le 9 janvier – en pleine crise Mercosur et dermatose nodulaire – une augmentation prochaine du plafond des tirs de loup de 10 %, soit 22 individus de plus par rapport à l’année précédente…
227 loups pourraient être abattus en 2026… et plus encore
En d’autres termes, le plafond de tirs risque de passer de 19 % à 21 % de la population lupine. Or ce taux de 21 % était déjà une possibilité, jusqu’à présent, si le plafond de 19 % était atteint avant la fin de l’année civile*. Avec une population (stagnante depuis 3 ans) estimée à 1082 individus, c’est un maximum de 227 loups qui pourraient être abattus “légalement” en 2026. Un nombre qui risque d’être plus élevé encore, si on prend en compte les cas de braconnages, indirectement favorisés par le déclassement du loup à l’échelle européenne…
Le ministère a aussi précisé, selon des informations dévoilées par le média Vert.eco, le 16 janvier, qu’il allait y avoir “un assouplissement majeur des tirs, pour que, dans les territoires d’expansion, les éleveurs puissent éliminer le loup, mais toujours dans le respect du plafond national…”.
La justice au secours des loups en dispersion
Or dans les “territoires d’expansion” du loup (expression qui remplace celui de “front de colonisation” employé jusqu’à présent par l’administration), le Conseil d’État, saisi par l’ASPAS et FERUS, a jugé illégal le 10 décembre 2025 un tir de défense qui avait été accordé à un éleveur des Hautes-Pyrénées, en raison de la “grande fragilité démographique de la population lupine dans la région des Pyrénées occidentales”.
Une jurisprudence historique qui devrait, théoriquement, nous permettre de venir à la rescousse de tous ces loups solitaires qui se dispersent à travers les départements où l’espèce ne s’est pas encore durablement réinstallée.
Ours, loups et vautours ciblés par une nouvelle loi d’urgence agricole ?
Évidemment, il y à fort à parier que l’État va, là encore, chercher la parade… Aux dernières nouvelles, une loi d’urgence agricole serait en préparation, concoctée sur mesure pour servir les intérêts de la puissante FNSEA – syndicat agricole majoritaire en France. D’après nos informations, elle pourrait être dévoilée dans ses grandes lignes au Salon de l’agriculture à la fin du mois de février, pour une adoption à l’été.
Si le contenu de cette loi, à ce stade, n’est pas encore précisément connu, on sait en revanche qu’elle concerna non seulement le loup, mais aussi (tant qu’à faire ! …), d’autres “prédateurs”, en l’occurrence les vautours (qui ne sont pas des prédateurs…) et les ours.
Nous suivrons évidemment de très près ce dossier très inquiétant… si une telle atteinte à la vie sauvage devait se confirmer, nous saisirions évidemment et immédiatement les tribunaux !
Pour nous aider à continuer le combat pour la protection des loups, et de toute la faune sauvage persécutée en France, vous pouvez faire un don et / ou adhérer à l’ASPAS. Un immense merci pour votre soutien !
* En 2025, l’ASPAS et ses partenaires se tenaient prêts à attaquer l’État en cas de hausse de 2 % du plafond de tirs (de 19 % à 21 %), mais nous n’avons finalement pas eu besoin de le faire, étant donné que le plafond de 19 % n’a pas été atteint.
Photo d’en-tête : © V. Cech

