Dans un courrier adressé à la ministre de la Transition écologique, 5 associations de protection de la nature* parmi lesquelles l’ASPAS demandent la suspension de la chasse en France.
Alors que la France traverse l’un des étés les plus destructeurs de son histoire, marqué par des canicules à répétition, une sécheresse généralisée et des incendies d’une ampleur inédite, les animaux sauvages luttent déjà pour leur survie. Face à cette situation, nos associations demandent au Gouvernement de décréter un moratoire immédiat sur la chasse, comprenant la suspension des tirs d’été et le report de l’ouverture générale tant que les conditions écologiques demeurent critiques.
Une catastrophe silencieuse pour la vie sauvage
L’été 2026 dépasse déjà tous les records. Au 31 juillet, 95 des 96 départements métropolitains sont placés sous arrêté sécheresse, dont 21 sont en alerte renforcée. Plus de 91 000 hectares ont brûlé depuis le début de l’année, dépassant le niveau sans précédent de 2022 alors que nous ne sommes même pas encore au milieu de l’été… Les incendies, à présent capables de ravager des massifs emblématiques jusque dans le nord du pays, rappellent qu’aucun territoire n’est désormais épargné.
Au-delà des drames humains, c’est toute la biodiversité qui subit une catastrophe silencieuse. Mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles, insectes… Des millions d’animaux meurent directement dans les flammes. D’autres succombent à la déshydratation, à l’épuisement ou à la disparition de leurs ressources alimentaires. Les survivants fuient des habitats dévastés, cherchent de nouveaux refuges et mobilisent toute leur énergie pour tenter de survivre. Les centres de soins pour la faune sauvage constatent, année après année, un afflux toujours plus important d’animaux victimes de ces épisodes climatiques extrêmes. Ce que les scientifiques décrivaient encore récemment comme des évènements exceptionnels est devenu une nouvelle réalité climatique.
Face au dérèglement climatique, la chasse doit évoluer
Toute la société doit s’adapter aux conséquences du changement climatique. Les usages de l’eau sont restreints. Les massifs forestiers sont fermés lorsque le risque d’incendie devient trop important. Au quotidien, les collectivités, les agriculteurs, les entreprises et les citoyens doivent eux aussi modifier leurs pratiques ; pourquoi les chasseurs échapperaient-ils à cet effort collectif ?
Alors que les tirs d’été sont déjà autorisés depuis le 1er juin dans une écrasante majorité de départements et que l’ouverture générale de la chasse approche, maintenir cette activité de loisir reviendrait à imposer un stress supplémentaire insupportable à une faune déjà exsangue.
Nos associations demandent des mesures immédiates
Le droit prévoit déjà que les autorités peuvent prendre des mesures exceptionnelles lorsque des circonstances environnementales graves menacent les populations animales.
Nos associations demandent donc solennellement au Gouvernement de décréter un moratoire immédiat sur la chasse, jusqu’à ce qu’une évaluation indépendante et collégiale permette de déterminer dans quelles conditions cette activité pourrait reprendre sans compromettre la reconstitution des effectifs des espèces et la régénération des écosystèmes. Concrètement, nous demandons la suspension des activités cynégétiques dans les territoires touchés par les épisodes de canicule, de sécheresse ou d’incendies, le report de l’ouverture générale de la chasse tant que les conditions écologiques demeurent critiques, ainsi que l’arrêt de l’agrainage. Ces revendications s’inscrivent dans un mouvement porté par de nombreuses associations et soutenu à travers une pétition signée par plusieurs centaines de milliers de citoyens.
La biodiversité ne peut être encore la grande oubliée de la crise climatique
Le dérèglement climatique impose une évolution des décisions publiques pour garantir une protection effective de la biodiversité. Accorder un répit à la faune sauvage pendant les périodes les plus critiques n’a rien d’une mesure radicale. C’est une décision de bon sens et de cohérence avec les objectifs que l’État affirme poursuivre en matière de préservation de la biodiversité.
Nos associations appellent donc le Gouvernement à prendre ses responsabilités en décrétant sans délai ce moratoire. Face à une nature en grande détresse, le principe de précaution doit prévaloir.
* ASPAS, AVES, Focale pour le sauvage, One Voice, Pôle Grands Prédateurs
Photo du renard © wildmedia

