Tirs de loups, assèchement des zones humides, retour de pesticides dangereux… À partir du mardi 19 mai, les députés débattent du projet de loi “d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles”, un texte sidérant dicté par les lobbies de l’agro-business, énième atteinte de l’ère Macron à notre environnement, notre santé et “notre” biodiversité… Ne les laissons pas décider pour eux, pour nous !
L’article 14 du projet de loi est tout entier dirigé contre les loups. À croire que les arrêtés ministériels tout récents – qui relèvent le plafond de tirs annuels à 23 % et facilitent l’abattage autour des troupeaux – ne sont pas un acharnement suffisant contre le grand prédateur qui, pour des raisons purement politiques, n’a plus le statut d’espèce strictement protégée en Europe…
Dès la publication du projet de loi d’urgence agricole, le 8 avril, l’ASPAS s’est beaucoup démenée, en coulisses, pour alerter les députés sur les risques d’un tel texte sur la conservation de l’espèce en France, et à les inviter à plutôt promouvoir une cohabitation sereine et apaisée entre éleveurs et grands prédateurs.
Grâce aux arguments scientifiques fournis par l’ASPAS, plusieurs parlementaires ont ainsi rédigé des amendements pour contrer l’article 14 et atténuer les effets dévastateurs du texte final. Hélas, à part celui de Dominique Voynet qui demandait que la loi ne soit pas l’ouverture d’une boîte de Pandore pour d’autres espèces que le loup, les 5 autres amendements déposés – par l’intermédiaire de Marie Pochon (Les Ecologistes) et de Manon Meunier (LFI) ont tous été rejetés lors du passage du texte en commission du développement durable et de l’aménagement du territoire (DDAT), lundi 28 avril…
Inversement, plusieurs autres amendements, profondément anti-loups, ont quant à eux été adoptés, laissant craindre le pire ! Parmi eux : de nouveaux avantages accordés aux louvetiers (tueurs de loups), la possibilité de relever le plafond de tirs en cours d’année, mais aussi – et ce serait franchir une ligne rouge – l’autorisation d’abattre des loups au cœur des Réserves naturelles nationales, zones pourtant dédiées à la protection de la nature !
Contre ce dernier amendement déposé par Xavier Roseren (Horizons), qui viderait totalement de leur sens de telles aires “protégées”, l’ASPAS a co-signé une tribune aux côtés de plusieurs associations nationales et gestionnaires d’espaces naturels, à lire ici.
À lire aussi : Tirer les loups dans unes réserve naturelle, une ligne rouge qui porte atteinte à leur principe fondateur
Mobilisez-vous avec l’ASPAS, interpellez vos députés !
Le projet de loi d’urgence agricole va être discuté à partir du mardi 19 mai 2026 dans l’Hémicycle. Pour défendre les loups et manifester votre opposition à ce texte, interpellez le député ou la députée de votre circonscription par e-mail ou sur les réseaux sociaux. Pour trouver ses coordonnées, référez-vous à cette page du site de l’Assemblée nationale.
Pour vous aider à rédiger votre message, vous pouvez vous inspirer du texte suivant :
Les conséquences de cet article s’il était voté…
L’article 14 du projet de loi tend à consacrer au niveau législatif un assouplissement des règles de gestion du loup et pose plusieurs difficultés majeures du point de vue de la conservation de l’espèce :
1. Du point de vue de la conservation de l’espèce
En premier lieu, si le législateur entérine un régime qui facilite voire banalise les tirs de défense, en réduisant le rôle d’autorisation préalable du préfet ou en élargissant les hypothèses de recours aux tirs malgré une protection insuffisante des troupeaux, il court le risque de fragiliser la condition centrale d’« absence d’autre solution satisfaisante » posée par l’article L. 411-2 du code de l’environnement.
Or, la jurisprudence récente montre que jusqu’à maintenant le juge administratif vérifie rigoureusement que les éleveurs ont effectivement mis en œuvre des moyens de protection non létaux, proportionnés et opérationnels (gardiennage, chiens de protection, parcs électrifiés, etc.), avant d’admettre la légalité d’une dérogation létale.
En second lieu, l’introduction par la loi, de nouvelles marges de manœuvre pour des prélèvements supplémentaires, sans renforcer corrélativement le contrôle, le suivi scientifique et les moyens de l’Office français de la biodiversité, ferait peser un doute sérieux sur la capacité effective de l’État à respecter l’obligation de résultat qui s’attache au maintien de l’espèce dans un état de conservation favorable.
D’autant que malgré l’évolution de son statut de protection, la viabilité génétique et démographique de la population des loups en France n’est pas encore considérée comme atteinte. L’espèce reste d’ailleurs classée comme “vulnérable” sur la liste rouge des espèces menacées de l’UICN en France.
2. Du point de vue de la protection du pastoralisme
Le choix d’autoriser les tirs de loups en toutes circonstances, troupeau protégé ou pas, qui se double d’un abandon de l’incitation à la protection, ruine trente ans de mise en œuvre des seules solutions efficaces pour limiter le risque de prédation
Cela reviendrait à renier le travail de tous les éleveurs qui ont fait les efforts d’adaptation de leurs pratiques et obtiennent des résultats probants en matière de réduction des dommages sur leur cheptel.
Cela reviendrait aussi à laisser livrés à eux-mêmes tous ceux qui font face à l’arrivée du loup sur de nouveaux territoires, en leur faisant croire que les tirs font baisser durablement la prédation.
En perturbant les meutes, en limitant la dispersion des individus et en réduisant le brassage génétique, loin d’améliorer la situation des éleveurs cela génèrera de nombreux problèmes.
Soutenir une proposition pour une cohabitation apaisée !
Nous appelons à privilégier des mesures fondées sur la protection des animaux domestiques, tout en assurant la présence du loup. Cette approche repose sur des dispositifs éprouvés, conciliant efficacité et acceptabilité sur le terrain.
1. Il est urgent d’abandonner la politique inefficace de gestion par les tirs en favorisant plutôt la cohabitation de ce grand prédateur avec les activités humaines.
2. Il est essentiel de rétablir les tirs d’effarouchement comme préalable obligatoire aux tirs létaux. De tels tirs ne devraient être autorisés qu’en cas d’utilisation effective et vérifiée des mesures de protection des troupeaux.
3. En matière d’accompagnement et de recherche, il est nécessaire d’évaluer les précédents Plans Nationaux d’Action et de rendre obligatoires les analyses de vulnérabilité, confiées à des organismes indépendants. Il convient également de renforcer les moyens publics dédiés à la recherche, à l’information, à la médiation et à l’accompagnement des acteurs de terrain, tout en anticipant le retour naturel du loup sur l’ensemble du territoire.
Tuer les loups, c’est priver les agriculteurs de précieux régulateurs naturels
Le rôle positif du loup n’est jamais mis en avant en France par nos décideurs politiques, pourtant c’est un grand prédateur qui contribue à disperser et à réguler les herbivores sauvages (cerfs, chevreuils, sangliers…), permettant de réduire les dégâts agricoles et forestiers.
Dégâts de sangliers dans les champs de maïs, abroutissement des jeunes pousses d’arbres dans les forêts… Les loups, en tant que grands prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire, sont de précieux auxiliaires pour l’agriculture. De plus, contrairement aux chasseurs qui sont souvent à la recherche des plus beaux trophées, les loups prédatent en priorité les animaux affaiblis et malades.
Volontiers charognards, ils jouent également un rôle d’équarisseur naturel et nous protègent, eux aussi, des maladies.
Merci pour votre mobilisation, et vive la cohabitation !

