Petit à petit, la carte reverdit… D’année en année, grâce aux nombreuses actions en justice menées de front par nos associations, les périodes complémentaires de vénerie sous terre se raréfient. Beaucoup de blaireaux sont sauvés, mais le combat n’est pas encore fini !

La France est l’un des derniers pays d’Europe à autoriser la chasse des blaireaux par déterrage, aussi appelée vénerie sous terre, une pratique particulièrement cruelle et non sélective, qui consiste à envoyer des petits chiens dans les terriers de blaireaux pour les acculer, de creuser la terre parfois pendant des heures, puis d’extirper les animaux de leur terrier à l’aide de grandes pinces avant de les abattre.
Cette chasse, ouverte de septembre à janvier, est aussi possible dès le 15 mai, sur simple décision de la préfecture : on parle alors de « période complémentaire » de vénerie sous terre. En l’absence de volonté politique d’abolir purement et simplement la pratique du déterrage, ce sont précisément ces « périodes complémentaires » contre lesquelles l’ASPAS, AVES et One Voice1 se battent en justice depuis plusieurs années, avec de très nombreuses victoires à la clé.
Sachant que 80 % des blaireaux tués à la chasse le sont au cours de ces « périodes complémentaires », la suspension et l’annulation des arrêtés préfectoraux a une vraie incidence positive sur les populations – nous sauvons des vies !
Parmi les arguments principaux retenus par les juges : l’absence de dégâts significatifs imputés aux blaireaux (dans les cultures, dans les voiries, etc.), l’absence de données sur les populations de blaireaux, et la présence de blaireautins dans les terriers au printemps et en été. En effet, le Code de l’environnement interdit de tuer les petits d’une espèce dont la chasse est autorisée, or les blaireaux ont un faible taux de reproduction et les jeunes ne deviennent véritablement autonomes qu’à l’automne.
À mesure que notre jurisprudence s’étoffe, victoire après victoire, les préfets sont de plus en plus réticents à autoriser les périodes complémentaires, au grand dam des chasseurs privés de leur funeste passe-temps. Certains ne les autorisent plus du tout, d’autres proposent des périodes raccourcies, quand d’autres, enfin, persistent à maintenir coûte que coûte l’ouverture de la vénerie sous terre dès le 15 mai, quand bien même un juge a déjà suspendu puis annulé l’arrêté attaqué…
En 2020, ils étaient 72 départements à ouvrir les hostilités le 15 mai. En 2024, ils n’étaient plus que 19… et en 2026, seulement 102 !

Le combat continue !
Les avalanches de victoires3 remportées devant les tribunaux administratifs nous réjouissent, mais il nous faut ne rien lâcher !
Notre objectif final est bien l’abolition totale et définitive de la vénerie sous terre des blaireaux (mais aussi des renards, des ragondins et des rats musqués) compte tenu de l’extrême violence de cette pratique cruelle et non sélective que d’autres pays européens ont relégué dans leurs musées des horreurs depuis belle lurette.
En France, le puissant lobby de la chasse empêche pour le moment toute réforme ambitieuse, mais ce n’est qu’une question de temps avant que ce macabre jeu de pelles et de pioches ne disparaisse de nos campagnes !
Photo d’en-tête © F. Cahez
- D’autres associations de protection de la nature au périmètre d’action local contribuent également au combat juridique (FNE AURA, LPO AURA, Indre Nature, etc.). ↩︎
- L’Allier, le Cantal, le Finistère, la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire, la Marne, la Haute-Marne, la Mayenne, la Nièvre et la Vendée. ↩︎
- Suspensions dans l’Aisne, le Cher, l’Eure-et-Loir, le Finistère, l’Ille-et-Vilaine, l’Indre-et-Loire, la Marne, la Haute-Marne, le Morbihan et l’Orne ; annulations dans le Calvados, la Corrèze, la Creuse, l’Eure, la Haute-Vienne et le Tarn-et-Garonne. ↩︎

