Jusqu’à présent réservés aux seuls agents de l’OFB, les tirs d’effarouchement renforcés contre les ours pourraient bientôt être élargis aux éleveurs, bergers, membres du groupement pastoral et lieutenants de louveterie : avant le 29 juin, soyons nombreux à participer à la consultation publique pour nous indigner de cet assouplissement dangereux à l’encontre d’une espèce strictement protégée !
Alors que le nombre d’attaques imputées à l’ours est à la baisse dans les Pyrénées, grâce à une meilleure protection des troupeaux, le ministère de la Transition écologique s’apprête pourtant à renforcer les mesures d’effarouchement à l’encontre du grand plantigrade dont la population demeure toujours fragile en France.
Pour effectuer des tirs à blanc sur les ours qui menaceraient leurs troupeaux, les bergers, éleveurs et autres membres du groupement pastoral devront seulement être titulaires d’un permis de chasser en cours de validité et avoir suivi une formation technique et réglementaire préalable assurée par l’OFB.
Dans un contexte politique très inquiétant pour l’avenir des grands prédateurs en France, l’ASPAS s’oppose fermement à ce qui serait une énième atteinte au droit de l’environnement et appelle ses sympathisants à s’exprimer dans le cadre de la consultation publique ouverte jusqu’au 29 juin 2026 !
Ci-dessous, retrouvez quelques arguments fournis par l’ASPAS pour vous aider à rédiger votre avis :
- L’ours brun est une espèce strictement protégée dont la perturbation intentionnelle est par principe interdite par la loi. En assouplissant sans justification véritable les mesures d’effarouchement renforcé du grand plantigrade, l’Etat abuse clairement des dérogations réglementaires et ouvre la voie à de dangereuses dérives.
- Alors que le nombre d’ours augmente dans les Pyrénées (environ 11 % chaque année), les dommages aux troupeaux sont en baisse (510 animaux déprédatés en 2025, contre 552 en 2024… et 1 173 en 2019). L’État reconnaît lui-même, dans sa note de présentation, que cette baisse est directement liée au “déploiement progressif des mesures de protection sur le massif”. Si les mesures d’effarouchement peuvent également contribuer à faire diminuer les attaques, elles ne devraient en aucun cas être systématisées et mises au même niveau que les mesures de protection élémentaires nettement moins perturbantes pour l’ours, à savoir le triptyque chiens de protection, bergers et parcs de regroupement nocturnes.
- Contrairement aux agents de l’Office français de la biodiversité (OFB), les bergers, les éleveurs, les gestionnaires d’estives, les membres des groupements pastoraux et les lieutenants de louveterie ne sont pas des acteurs neutres. Si certains sont favorables à la cohabitation avec les ours, d’autres sont farouchement opposés à leur présence. Or les tirs d’effarouchement vont pouvoir s’effectuer sans contrôle de la part des autorités. Quand personne n’est sur place pour vérifier, les comptes-rendus obligatoires, envoyés sous 72h après chaque opération, peuvent facilement s’arranger avec la réalité…
- Les périodes pendant lesquelles les effarouchements renforcés peuvent être autorisés sont floues. Si les tirs sont censés n’être autorisés que de nuit, le texte parle “d’extension possible aux périodes crépusculaires et matinales”. Pris au pied de la lettre, le texte tolère donc des tirs jusqu’à midi…
- Les conditions de déclenchement des tirs sont également floues et sujettes à libre interprétation sur le terrain : alors que le paragraphe 6° de l’article 1 précise que les opérateurs “veilleront à intervenir uniquement lorsque le prédateur se dirige sans ambiguïté vers le troupeau dans une attitude de prédation”, le paragraphe 1° se contente d’expliquer qu’il suffit qu’un ours soit “repéré à proximité immédiate” d’un troupeau regroupé pour la nuit pour que les opérateurs entrent en action. Comment être certain qu’il se déplace véritablement dans une “attitude de prédation” ? L’ours évolue sur de grands territoires et se déplace beaucoup : s’il s’approche d’un troupeau ce n’est pas forcément pour l’attaquer, il peut simplement vouloir passer d’un point A à un point B…
- L’effarouchement renforcé présente des risques de séparation importantes pour les ourses accompagnées de leurs oursons. Si, sur les 59 tirs effectivement réalisés entre 2019 et 2025, le bilan officiel fait état d’un “faible nombre de femelles suitées détectées”, l’Etat ne peut raisonnablement pas se baser sur ce “faible nombre” (combien, le Ministère ne nous le dit pas !), pour évacuer tout risque que l’ourse n’abandonne ses petits… En aucun cas les tirs d’effarouchement devraient être autorisés contre des femelles suitées !
Merci pour votre mobilisation ! Vive les ours, et vive la cohabitation sereine et apaisée !
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