Animal en déclin, le putois doit être protégé !

Animal en déclin, le putois doit être protégé !

Parmi tous les petits mammifères persécutés, le putois est celui dont la situation est la plus critique, car le lobby chasse empêche sa protection avec la complicité de l’État.

Le putois est un prédateur maltraité de longue date par les humains, considéré comme une “vermine” accusée de s’en prendre aux poulaillers et aux couvées de perdrix. L’accusation est infondée quand on connait le régime alimentaire de l’animal. Les études à ce sujet sont pléthoriques et vont toutes dans le même sens : les putois mangent essentiellement des petits rongeurs (mulots, campagnols, rats…). Ils font aussi quelques ripailles d’amphibiens (grenouilles, crapauds) et de lapins. Là où ceux-ci sont nombreux, les grandes oreilles peuvent devenir les proies principales des putois qui les capturent dans leurs terriers.

Un solitaire des campagnes

Les putois vivent dans des milieux variés, avec une préférence pour les zones humides et les paysages en mosaïque. Le bocage, les lisières, les friches, les boisements clairs, les petites parcelles agricoles différenciées, les bords de cours d’eau ou les marais peuvent constituer l’habitat des putois. Ils évitent les forêts denses, les zones de grande culture et les villes.

Il vit la nuit, mais pas seulement : avec beaucoup de chance, on peut le croiser en journée. C’est un solitaire. On dit même que c’est une espèce « individualiste ». Les territoires des différents individus se superposent, avec une tolérance variable. Pour vivre, le putois a besoin de quelques dizaines à plusieurs centaines d’hectares. Si son territoire est linéaire, typiquement le long d’une rivière, sa longueur s’étend de quelques centaines de mètres à plusieurs kilomètres.

Une espèce menacée

Les putois pâtissent des transformations du paysage depuis les années 1970. La disparition des zones humides et des haies, les grandes cultures, l’urbanisation étalée font disparaître ces “petits clowns”. Aujourd’hui, la perte de milieu de vie est probablement la plus forte menace pour l’espèce. De façon liée, la densification du réseau routier lui est préjudiciable. Les putois font partie des petits carnivores que la route n’épargne pas.

Le piégeage n’est pas en reste : ce fut une arme de destruction massive de la faune au 20e siècle. La responsabilité historique des piégeurs est immense dans la disparition des putois. Au début des années 1950, 360 000 d’entre eux étaient piégés chaque année ! C’est un peu plus que le nombre estimé de fouines (300 000), une espèce qui a beaucoup mieux encaissé le choc et reste assez commune aujourd’hui.

Malgré ce déclin, le Ministère a renouvelé en 2019 l’autorisation de piégeage des putois dans deux départements : Loire-Atlantique et Pas-de-Calais. Pour la période 2015-2019, les piégeurs ont officiellement tué 2 166 putois en 2015-2016 et 2 315 en 2016-2017. Il va sans dire que ces petits carnivores se font aussi prendre dans les pièges destinés à d’autres espèces, particulièrement ceux visant les fouines. Ceux-là sont autorisés dans la plupart des départements. Ces dommages collatéraux sont impossibles à chiffrer, car ils ne sont que rarement déclarés par les piégeurs, pourtant tenus de réaliser un bilan annuel de leurs prises, même accidentelles.

La chasse tue aussi des putois

Il n’existe pas de chasseur de putois mais ceux-ci sont abattus de façon opportuniste par des chasseurs recherchant d’autres animaux. En maraude diurne ou délogés par les chiens, 2 942 putois ont été tués à la chasse pendant la saison 2013-2014, d’après une enquête de l’ONCFS sur les « tableaux de chasse ».

Combien reste-t-il de putois en France ? Cent mille ? Moins ? Nul ne le sait précisément. La tendance à la baisse des effectifs est en revanche constatée de façon unanime, y compris par l’ONCFS. L’organisme public ne compte pas les putois mais a corroboré les conclusions du réseau associatif en examinant ses propres données. Au cours de leurs déplacements en voiture, les agents de terrain notent les petits carnivores trouvés morts sur la route. L’analyse de ces données a permis à l’ONCFS de mettre en évidence que la tendance des effectifs est à la baisse depuis les années 2000.

De son côté, l’UICN a changé le putois de catégorie en 2017 sur sa liste rouge des espèces menacées en France : l’espèce jusqu’alors en « préoccupation mineure » est devenue « quasi-menacée ».

Ce texte est une version courte d’un dossier du naturaliste Pierre Rigaux, publié dans le magazine Goupil n°137 de l’ASPAS, réservé aux adhérents. Pour en savoir plus sur les formules d’adhésion, cliquez ici.

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