Les administrateurs de la Ligue Roc signataires de la présente lettre refusent de cautionner plus longtemps, par leur présence au Conseil d’Administration, les dérives contre lesquelles ils ont lutté mais qui perdurent et s’aggravent. Ces dérives concernent autant les objectifs que les procédés mis en oeuvre.
Sur les objectifs d’abord :
Comme son nom l’indiquait l’objectif du Rassemblement des Opposants à la Chasse (R.O.C) était clair. Après le décès de son président Théodore Monod et l’arrivée d’Hubert Reeves, le nom est devenu “Ligue ROC” et les statuts ont été modifiés, de telle façon que disparaisse toute référence à l’opposition à la chasse, au nom de laquelle tous les membres du R.O.C ont adhérée. La plupart des administrateurs de l’époque ont fait confiance aux acteurs de ces changements, qui affirmaient que rien n’était changé sur le fond, mais plusieurs administrateurs - dont un fondateur du R.O.C - ont démissionné immédiatement ou n’ont pas demandé le renouvellement de leur mandat.
Force est de constater que les adhérents du R.O.C ont été trahis. La lutte contre les méfaits de la chasse est devenue accessoire, au profit de la défense de la “biodiversité”, considérée ouvertement comme essentielle, et à laquelle la quasi-totalité des ressources est consacrée. La biodiversité est très bien défendue par des associations d’une autre envergure. Elle n’est pas statutaire pour la Ligue ROC qui néglige deux de ses trois objectifs, à savoir l’animal être sensible et la défense des non chasseurs.
À la demande d’Hubert Reeves, la Ligue Roc ne s’oppose plus. Elle sert de caution aux ministères. Malgré les revers et les affronts subis, elle persiste à rencontrer autour d’une table ronde les représentants des chasseurs, de plus en plus favorisés par les pouvoirs publics. Il a été impossible aux administrateurs signataires d’obtenir qu’apparaissent sur son site toutes sortes d’informations sur les réalités de la chasse, indispensables à la formation objective de l’opinion publique.
La Ligue ROC n’est plus, comme avec Théodore Monod, une association militante d’opposition à la chasse ou à ses méfaits, mais de plus en plus une fondation suiviste qui a renoncé à promouvoir des idées non politiquement correctes et qui rend plus de comptes à ses sponsors qu’à ses adhérents. Ce grand tournant s’est fait à l’insu de ces derniers, les démissions précédentes ayant été discrètes. Les anciens adhérents du ROC doivent tout particulièrement être informés.
Sur les procédés mis en oeuvre pour parvenir à ces résultats :
La vice-présidente, Nelly Boutinot, contrôle totalement le fonctionnement de l’association : les administrateurs ne peuvent correspondre avec leur président [Hubert Reeves] que par son intermédiaire. Les administrateurs ne peuvent pas correspondre avec le comité d’experts qu’elle a mis en place, ni réciproquement. Les administrateurs ont interdiction de correspondre entre eux sans en informer le directeur salarié [Christophe Aubel]. Bien qu’il ne participe pas aux Conseils d’administration, Hubert Reeves en impose l’ordre du jour, sans que les administrateurs puissent y faire inscrire tous les sujets qu’ils jugent importants, par exemple la politique suivie.
L’opacité des pratiques, le non-respect des statuts, la dissimulation et le mensonge, obligent à des vérifications constantes. Lors de la dernière Assemblée Générale, le jeu des pouvoirs a permis à dix personnes, dont les deux salariés, d’exprimer plus des deux tiers des votes, et cela pour des candidats dont les noms n’ont été révélés qu’en séance.
Un administrateur a été coopté lors d’une séance du Conseil d’Administration ne réunissant pas le quorum statutaire. Un Conseil d’Administration favorable à la vice-présidente - voire inconditionnel - et un Bureau assorti ont ainsi été mis en place. C’est cette dernière raison, retirant aux administrateurs signataires tout espoir de rétablissement, qui les a conduits à démissionner.
Ne pouvant pas s’exprimer démocratiquement, les administrateurs signataires sont contraints de faire sécession et de se rapprocher des associations anti-chasse qui sont restées fidèles à leurs convictions (ASPAS, CVN, RAC…). En démissionnant, ils se sentent moralement obligés d’avertir publiquement les adhérents de la Ligue ROC, par qui ils ont été élus, qu’il y a eu hold-up sur leur association.